Suis-je un entrepreneur?... Certainement!

Par Dany Caron

Tel que vous le savez probablement, il y a une offensive au sein du Ministère du Développement économique pour mousser l’entrepreneuriat au Québec. Ça passe par le secteur de l’éducation, le financement de projets en démarrage, etc., etc.

Mais si vous êtes l’heureux propriétaire d’une entreprise en tout ou en partie, vous êtes-vous déjà demandé si vous étiez vraiment un entrepreneur ? Difficile de répondre à cette question, car il y a probablement autant de définitions, qu’il y a de personnes à qui on la pose !

Loin de moi l’idée d’avoir la définition parfaite ou de vouloir imposer ma vision de l'entrepreneuriat, mais ayant moi-même été propriétaire de quelques entreprises dans le passé comme propriétaire unique dans une, associé dans les autres et aujourd’hui en tant que développeur économique, j’ai ma perception du métier.

En partant, il faut faire la distinction entre se créer un emploi et créer une entreprise. Là je fais référence à un des textes que j’ai écrits sur la relève entrepreneuriale et la valeur qu’on attribue à une entreprise. En fait, je résume, si l’entreprise ferme ces portes parce que vous n’y êtes plus, c’est que vous vous êtes créé un emploi et ce, peu importe le nombre d’employés que vous avez !

Maintenant suis-je un entrepreneur ?

Lorsque j’étais en affaires, un vieux sage (pas certain du sage, mais il était vieux !) m’a dit :

«Dany si tu veux savoir si tu as réussi en affaire, tu dois partir pendant un an et lorsque tu reviens, ta business doit être pareil ou plus grosse quelle était avant que tu partes, ainsi tu auras prouvé qu’elle est opérationnelle sans toi et quelle a de la valeur pour quelqu’un qui voudrait l’acquérir éventuellement».

Un autre m’a dit :

«Dany la dernière chose qu’il faut que tu fasses en affaires, c’est de tomber en amour avec ton entreprise, donc tu resteras rationnel lorsque tu auras des décisions difficiles à prendre».

Pour ma part, je considère que la principale qualité d’un entrepreneur ce n’est pas de connaître ses qualités, mais bien ses défauts, donc il saura s’entourer avec le bon personnel qui pourra les combler.

Sans en être conscient, depuis le démarrage de ma première entreprise d’informatique, je m’étais organisé pour qu’elle opère sans moi, ce n’était pas parce que j’avais prévu la vendre un jour (ce qui arriva), mais bien parce que je voulais avoir du temps pour développer d’autres projets.  Aujourd’hui les entreprises que j’avais son encore activent avec d’autres propriétaires et pourtant je n’y suis plus depuis plusieurs années.

Lorsque je discute avec certains dirigeants d’entreprises, je me rends bien compte que si ça venait qu’à leur arriver, certains prendraient ça comme une atteinte à leur orgueil, car pour plusieurs, ce qui les valorise le plus, à part mentionner au party de Noël qu’ils sont en affaires, c’est de se faire appeler en catastrophe par le personnel du bureau pendant leur vacances pour qu’ils entrent le plus rapidement possible, car ils sont indispensables pour l’opérationnel, il y en a même un qui ce ventait que l’entreprise ne pouvait survivre sans lui ! On est-tu loin de ma vision d’un entrepreneur !

Un autre propriétaire d’entreprise m’a dit pas plus tard que la semaine dernière : «C’est bien facile à dire tout ça quand tu fais les achats, la comptabilité, une partie des ventes et plus encore, tu essayeras de trouver une personne qui fait tout ça en dedans de 40h par semaine

Je lui ai donc demandé : «Vous, vous passez combien de temps au bureau pour faire tout ça ? »

Il me répond d’un ton fier de lui: «70h semaine !»

«70h semaine ! Vous devez bien gagner votre vie à vous payer un salaire de 70 heures par semaine !», avant même qu’il me réponde je lui ai dit; «Ben non c’est vrai, vous ne vous payez pas 70h semaine, car pour vous, votre temps ne coûte rien…vous faite du bénévolat !».

Naturellement, il ne savait plus quoi dire, car sur le ton que vous imaginez que j’ai dit ça, je venais de lui dire qu’il était naïf de ne pas se payer en conséquence ou d’embaucher du personnel pour faire ce travail.

Je me rappellerai toujours de la première rencontre que j’ai eue avec le comptable avec qui je travaillais pour démarrer ma première entreprise, je lui avais posé la question suivante: «On m’a toujours dit que pour être en affaires, il fallait travailler 80 heures par semaine, est-ce vrai ?»

Il m’a immédiatement répondu: «Dany, au début, le temps de placer tes affaires c’est un peu normal, mais après un certain temps, si tu n’es pas en mesure de faire tourner ton entreprise en dedans de 40 heures par semaine, c’est que tu ne mérites pas d’être en affaires !»

Cette phrase m’est toujours restée dans la tête.

Au début on fait tous la même erreur, c’est-à-dire en faire le plus possible en pensant sauver de l’argent. Donc, s’acharner sur la comptabilité, les achats, la facturation et pour certains, même le ménage et pourtant, je n’ai jamais fait autant d’argent que lorsque j’ai embauché un contrôleur, premièrement chacun son métier et deuxièmement je me suis dardé sur ce que j’aime faire, soit les ventes, donc vous comprenez que son salaire était payé au bout de 3 à 4 mois ! Maintenant est-ce une dépense ou un investissement ? À vous de choisir !

Et pour terminer mon laïus, je me suis toujours dit que lorsqu’entrer au bureau le matin deviendrait une «job», que je vendrais.  Vous, vous êtes-vous déjà posé cette question ?

Maintenant êtes-vous un entrepreneur ?

Vous êtes le seul à le savoir !

Bonne réflexion.

Dany Caron
Commissaire industriel

1 commentaire

Commentaires

Je suis tout à fait d'accord avec vos propos. Par contre, je crois que la vision que vous apportez d'un entrepreneur varie grandement selon la génération à laquelle vous appartenez. La génération baby boomer définissent leur réussite à travers leur acharnement au travail. Ce n'est pas mal en soit car ça fait parti de la mentalité d'une grande portion de cette génération. Par conséquent, pour avoir le sentiment qu'ils ont réussi en affaire ou dans leur travail, ils doivent avoir eu l'impression d'avoir mis tout ce qu'ils pouvaient dans leur business. Ils en finissent par s’oublié eux même car leur personne passe toujours en 2ieme après le travail.

La génération X est une génération qui a eu de la difficulté à se trouver de l’emploi même avec un diplôme universitaire. Donc une grande partie des entrepreneurs cette génération ne voulait donc pas nécessairement devenir entrepreneur mais voulait tout simplement ne pas manquer de travail. Ils se sont donc créé leur propre travail. Ils sont plus conscient de leur valeur que la génération précédente et se préoccupe plus de leur personne. Beaucoup vont être à mi chemin entre la définition d’entrepreneur dans votre article et celle d’un employé. Ils sont employés de l’entreprise qu’ils possèdent.

La génération Y a vu leur parent (baby boomer) travaillé corps et âme dans leur entreprise. Leur définition de la réussite n’est pas du tout similaire. La réussite pour eux ne se définie pas nécessairement dans l’ampleur du travail effectué mais plutôt dans l’ampleur des résultats et de leur efficacité. Faire plus avec moins. Cette vision de la réussite et de l’entrepreneuriat se rapproche beaucoup plus de la définition que vous avez dans votre article. Ils se posent donc les questions suivantes. Comment optimiser mon temps? Est-ce que je peux travailler moins d’heure et augmenter mes résultats? Des questions comme celle-ci vont amener les entrepreneurs à s’entourer de leur faiblesse et de se concentrer sur leur force. De cette manière, ils peuvent diminuer leur semaine de travail tout en augmentant les ventes. Et il reste du temps pour jouir de la vie.

Ma théorie sur les générations d’entrepreneur ne reflète pas nécessairement tout les entrepreneurs de cette génération. Dans chaque générations, des entrepreneurs ont su se démarqué des autres et faire les choses à leur manière et ont réussi à créer des empire. Les valeurs changent à travers les générations selon les réalité de chaque époques. Ce qui était vrai hier ne l’est pas nécessairement aujourd’hui et ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera pas nécessairement demain!